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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 15:03

Cette semaine sort en France et en Tunisie un film documentaire de Nadia El Fani, réalisatrice franco-tunisienne, intitulé « Laïcité Inch’Allah ». Le tournage avait débuté avant la Révolution qui a fait chuter, début 2011, le président dictateur Ben Ali et s’est poursuivi durant celle-ci. Le propos était, à l’origine, d’aller à la rencontre de Tunisiens qui ne faisaient pas le Ramadan, et a dévié, suite au tournant politique majeur, sur le débat général de la laïcité.

 

La réalisatrice franco-tunisienne Nadia El Fani.

 

La thèse du film est la suivante : « les Tunisiens n’ont pas renversé une dictature pour retomber dans une autre dictature, cette fois religieuse ». Il se présente alors comme un plaidoyer pour une application de la laïcité, seul gage, pour la réalisatrice, de « démocratie », de « liberté », de « modernité », « d’égalité » etc… Et prend les allures d’une mise en garde féroce contre le retour des « islamistes », notamment ceux du parti Ennahda, interdit sous la dictature et désormais légalisé.

 

Que penser de cette thèse ? Tout d’abord, que le système tunisien dictatorial était en large partie inspiré d’un certain laïcisme. Le voile a été pendant longtemps interdit dans les écoles, et même dans la rue, sous Ben Ali. Les musulmans croyants, se laissant parfois pousser la barbe, étaient souvent interpellés, interrogés, voire emprisonnés. On ne compte plus les cas de tortures à l’encore de pseudo-islamistes. En clair, la laïcité est loin, très loin, d’être un gage de démocratie, d’égalité. Rappelons aussi le cas de Sadam Hussein, qui était un leader laïc, mais aussi celui de la Turquie, où l’armée a un pouvoir très important et est garant de la laïcité.

Mais allons plus loin. Nadia El Fani a le culot de prétendre que les musulmans croyants et pratiquant qui souhaitent, au nom de leurs principes et éthique, s’impliquer dans la vie politique tunisienne post-Ben Ali, veulent « confisquer » la révolution et sont, pour ainsi dire, des intrus. La « vraie », l’ « authentique » Tunisie se doit alors d’être laïque, moderniste. Ces arguties sont absolument mensongères. Il faut en premier lieu rappeler que la Tunisie est profondément musulmane. Que son Histoire, en très large partie, est intimement liée, depuis 1500 ans, à la culture islamique. Kairouan, ville historique du centre tunisien, est considéré comme le 4ème lieu saint de l’Islam, après la Mecque, Médine et Jérusalem. Ce fut la première ville islamique du Maghreb, d’où s’est propagée la religion musulmane. Ce fut aussi le plus grand centre savant religieux d’Afrique, où allaient s’instruire les Oulémas de tout le monde musulman. La Mosquée de Kairouan, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est la plus ancienne du Maghreb, et est considéré comme un chef d'oeuvre d'architecture arabo-musulmane, qui a servit de modèle à toutes les mosquées construites par la suite en Afrique du Nord. C'est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage pour des milliers de tunisiens et de maghrébins. Par la suite, c’est Tunis et la Grande Mosquée de la Zitouna qui prit le relai et devint l’un des plus prestigieux lieux d’érudition du monde islamique.

 

Grande Mosquée de Kairouan

 

Qu’en est-il de la laïcité ? Le terme même est lié à la civilisation européenne et chrétienne. Les « laïcs » étaient à l’origine les chrétiens non ecclésiastiques. Par la suite, les loges maçonniques, les « think tank » des 18ème et 19ème siècles, ont élaboré une doctrine politique, en vertu de laquelle le christianisme, considéré par ces derniers comme un « ennemi », devait être écarté du pouvoir et voir son influence décroître, au profit d’une nouvelle caste, souvent issue d’ailleurs, à l’origine de la franc-maçonnerie et de la bourgeoisie marchande. La grande supercherie des laïcistes est d’ailleurs d’affirmer que la laïcité n’est pas une idéologie, qu’elle est neutre, qu’elle assure l’égalité. Rien n’est moins faux. Il s’agit, comme l’Histoire en atteste, d’une vraie doctrine politique, d’un système de gouvernance particulier, obéissant à un paradigme particulier et à un système de valeur précis.

 

Il faut dire et répéter que la laïcité n’est absolument pas un système neutre. Les positions de Nadia El Fani, qu'elle tente de dissimuler, le prouvent : son film était censé s'intitulé "Ni Allah Ni maître". Ce militantisme athée, anti-religieux - qui peut tout autant mener au fanatisme que les religions : il suffit de regarder l'histoire du bolchévisme qui n'est autre qu'une idéologie athée "intégriste" en Russie, qui s'est soldé par des millions de morts -, revendiqué, ruine au passage la ritournelle sur la neutralité de la laïcité, qui en réalité prône ouvertement ou plus insidieusement aussi une forme de croyance, l'athéisme. En outre, plus d’un siècle de ce système appliqué à la France nous permet de le constater. Il a permis, quoi qu’on en pense d’ailleurs – ce peut être vu comme une bonne ou une mauvaise chose - : de réduire au silence l’Eglise catholique, qui avait un rôle social, d’éducation, de charité, de valeurs, absolument considérable ; de transformer la France, chrétienne à 90 %, en un pays majoritairement athée ; de faire en sorte que les loges maçonniques aient une influence considérable en politique ; ceci a aussi autorisé, par ce biais, la construction de réseaux de pouvoir occultes – bielderberg, le Siècle, CFR, Trilatérale etc – qui, qu’on le veuille ou non, ont prospérer grâce à cette culture du secret maçonnique ; point d’aboutissement, les élites de ces cénacles, ayant les mains libres à cause de la destruction des valeurs qui s’en suivie, constituent une véritable oligarchie mondialiste, détenant un pouvoir absolument colossal s’exerçant contre les peuples.

On constate que c’est en réalité Nadia El Fani qui peut être considérée comme une intrus, et que c’est elle et ses amis qui veulent confisquer la révolution et le pays tout entier : elle souhaite imposer à la Tunisie une doctrine politique d’origine européenne, et spécifiquement française, à un pays dont ce n’est absolument pas l’Histoire. Quant aux musulmans engagés, ils souhaitent, à l’inverse, renouer avec les tréfonds civilisationnels de la Tunisie. Du reste, la grande majorité des tunisiens sont attachés à leur religion, et sont nettement plus proches des idées d’Ennahda que des doctrines étrangères occidentales. Preuve en est que tous les sondages montrent que c’est le grand favori des prochaines élections législatives.

 

Les conséquences de l’application de ce système n’est donc pas neutre. Souhaitant modifier artificiellement la structure sociale et historique de tout un peuple et d’un pays, en plaquant un mode de gouvernance importé de l’étranger, la démarche des laïcistes peut apporter de graves conséquences. Les Tunisiens et les Tunisiennes, fiers de leurs racines, attachés à leur patrie, doivent se lever et ne jamais se laisser confisquer leur Révolution.

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Published by Sahabas - dans fanatisme laïc
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